UnclearPicture

« Derme » du collectif Unclear Picture propose de voir les corps féminins dans une lucarne qui cache et dévoile à la fois. En quatre séries de huit photos chacune, Fawnya, Blondie, Kathy et Cindy posent sans connaître les contraintes rectangulaires du format futur.

Par cette « limitation » de cadre, le photographe Sylvain Entressangle a choisi d’éclairer ou d’assombrir certaines parties du corps. Il révèle ainsi le frisson, la tension ou l’apaisement avec la volonté de saisir l’intime et non l’intimité.

Les poèmes et la bande-son de Michael R. Koswil cherchent à suspendre le souffle intérieur par une pensée déclinée en trois vers et une mélodie répétitive superposée d’éléments rythmiques. Inaugurant le cycle « panoramic body », « Derme » reflète la peau et ses vibrations dans un rectangle qui interroge plus qu’il ne dévoile.


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S’apaiser un instant
Dans l’irréalité
D'une pensée inerte
Se découvrir en marbre
Insensible aux signaux
Des tempêtes de sable
S'abandonner au sombre
A l’intime tourment
De se sentir réelle
Se replier encore
Telle une île perdue
Au beau milieu du songe
S’espérer en sommet
Que nul ne peut atteindre
Et s’avouer lointaine
Se savoir prise au piège
Limitée aux contours
Que la lumière éveille
Se lasser d’exister
En pâle imitation
Redevenir unique
Se jeter dans la nuit
Pour trouver le salut
Et reprendre son nom
Se suspendre au moment
Juste pour s'évader
Au beau milieu de soi
Se lasser d’absolu
D’évidence ou de feintes
Devenir sa méfiance
Se changer en refuge
Et ne plus se montrer
Autrement qu’en recluse
Se transformer en phrase
Et raconter l’histoire
D’une étrange illusion
S'agripper à la terre
Et la sentir trembler
Sous ses propres démons
Se fondre dans le vague
Et troubler l’infini
A l’abri des reproches
Se torturer sans cesse
En devinant le calme
Des soupçons qui égarent
S’épanouir enfin
En projetant le sort
Vers d’autres émotions
Se blottir dans l'obscur
Même si l'on se sait
Invisible de tous
Se décrire en chimère
Loin du vague chaos
Qui trahirait les astres
Se reprocher encore
Tant de moments passés
A se chercher des fautes
Se laisser emporter
Dans l’impression du jour
Ou attendre l'excuse
Se marquer de l'empreinte
Du silence égaré
Et n’y voir qu'un sanglot
S'élancer comme on doute
Vers le profond connu
Ou le sommet du vide
Se tirailler sans cesse
D'images du passé
Et croire en l’avenir
Se bercer désormais
De l'écume d'un rêve
Faute de s’éveiller
S’immiscer dans l’azur
D’un étrange horizon
Et choisir l'immobile
Se laisser envoûter
Par les troubles instants
D'avenir incertain
S’imaginer perdue
Au milieu d’aventures
Où l'on apprend plus rien
S'agiter dans l’abime
Tout en cherchant pourtant
A saborder le sort
Se griser d'équilibre
Et parcourir les heures
A tester ses limites
Se choisir une loi
Sans briser le tabou
Que l’inconnu décore
S’inventer une étoile
Loin des rives d’hier
Et des mondes factices
S'apercevoir enfin
Que malgré la rumeur
Tout est flocon de rêve